Entre fluctuations économiques, nouvelles attentes des acquéreurs et rôle croissant des financeurs spécialisés, les enjeux d'évaluation et de transmission des cabinets libéraux n'ont jamais été aussi stratégiques. Que vous soyez en train de préparer la cession de votre cabinet ou d'envisager une reprise, comprendre les prix du marché est la première étape indispensable.
Le marché de la transmission des cabinets libéraux : état des lieux
Un marché sous tension mais structuré
La transmission des cabinets libéraux — médecins, avocats, experts-comptables, kinésithérapeutes, pharmaciens — constitue un marché spécifique, distinct de la cession d'entreprises classiques. La valeur repose essentiellement sur des actifs incorporels : la clientèle (ou patientèle), le fichier de clients, la réputation locale, les contrats en cours. Ces actifs immatériels, par nature difficiles à valoriser de manière objective, rendent les transactions à la fois plus sensibles et plus techniques.
Interfimo, filiale LCL et organisme financier spécialisé dans le financement des actifs incorporels des professions libérales depuis 1969, publie régulièrement des études statistiques sur les prix de cession par métier. Ces études, basées sur plusieurs centaines de transactions réellement financées, constituent la référence la plus fiable du marché.
La démographie, un moteur de cessions incontournable d'ici 2030
La France entre dans une période de forte transmission pour les professions libérales. Avec plus de 500 000 dirigeants libéraux âgés de 60 ans ou plus, les prochaines années vont voir s'accélérer les départs à la retraite dans tous les secteurs. Les professions de santé sont particulièrement concernées, avec des médecins généralistes qui ont en moyenne 50 ans et des vagues de départ massives attendues dans les zones rurales et semi-urbaines.
Cette réalité démographique crée deux dynamiques contradictoires : d'un côté, un afflux de cabinets à reprendre ; de l'autre, une pénurie de successeurs dans certaines professions ou certains territoires, ce qui peut compromettre ou dévaloriser des transmissions pourtant souhaitées.
Les prix de cession par profession : ce que révèlent les dernières études d'Interfimo
Pharmacies : un marché en consolidation, des prix sous pression
L'étude Interfimo publiée en 2025 sur les transactions 2024 révèle un marché officinal en profonde mutation. Les prix de cession sont orientés à la baisse pour la deuxième année consécutive, sous l'effet d'une rentabilité en recul : le taux d'EBE moyen atteint un niveau historiquement bas à 8,6 % du chiffre d'affaires, tiré vers le bas par la hausse des coûts de personnel, des frais généraux et la progression des ventes de médicaments à faible marge.
Pour les officines réalisant plus de 1,2 M€ de chiffre d'affaires, le prix de cession moyen s'établit à 76 % du CA (contre 84 % en 2023) et à plus de 7 fois l'EBE retraité. En dessous de ce seuil, le prix tombe à 54 % du CA, un plus bas historique. En Île-de-France, la moyenne n'atteint que 44 % du CA, traduisant des tensions spécifiques liées à la concentration du marché.
Le nombre de transactions recule également : 1 442 cessions en 2024, soit -10 % par rapport à 2023. Ce repli s'accompagne d'un mouvement de concentration visible : un quart des transactions portent désormais sur des officines de plus de 3 M€ de CA (contre 18 % en 2023), et la part des très grandes officines (> 4 M€ de CA) double, passant de 7 % à 12 %. La taille reste un facteur déterminant de valorisation : plus l'officine est importante, mieux elle est valorisée.
Cabinets d'avocats : des prix en hausse sur cinq ans
Les cabinets d'avocats ont vu leurs prix de cession progresser sensiblement ces cinq dernières années. Selon les données Interfimo, le prix de cession moyen national est passé de 54 % à 60 % du chiffre d'affaires, et à 1,4 fois l'EBE (+0,1 point). Les ventes entre associés affichent même un multiple moyen de 1,6 fois l'EBE, illustrant la prime accordée à la continuité et à la confiance interne.
Cette hausse s'explique notamment par la raréfaction des candidats à la reprise dans certaines spécialités (droit des affaires, droit fiscal), par la digitalisation croissante des cabinets qui sécurise mieux la patientèle, et par une meilleure structuration des dossiers de cession.
Cliniques vétérinaires : un marché en expansion, des valorisations maîtrisées
Publiée en janvier 2026 et réalisée sur les cent derniers dossiers de transaction soumis à Interfimo, l'étude sur les cliniques vétérinaires libérales dresse le portrait d'un marché dynamique, mais dont les valorisations restent modérées et très dispersées. L'échantillon couvre des cliniques à gouvernance libérale avec un CA compris entre 170 K€ et 7,4 M€ — les opérations portées par des fonds d'investissement en sont exclues.
Le prix de cession moyen national s'établit à 54 % du chiffre d'affaires et à 1,9 fois l'EBE retraité. La dispersion est toutefois forte : 60 % des transactions se situent entre 1,2 et 2,5 fois l'EBE, mais 11 % se concluent en dessous d'une fois l'EBE et 12 % au-dessus de 3 fois. À noter : la taille de la clinique n'a pas d'influence sur le prix du fonds, ce qui distingue nettement ce marché de celui des pharmacies.
Les opérations les mieux valorisées sont les associations de collaborateurs, qui s'échangent en moyenne à 60 % du CA et à 2,3 fois l'EBE. Plus de la moitié des transactions sont des associations (28 %) ou des ventes entre associés (28 %), signe d'un marché encore largement structuré autour de la confiance interne. L'Île-de-France fait exception, avec des prix supérieurs à la moyenne nationale et une dispersion plus faible, aussi bien en pourcentage du CA qu'en coefficient d'EBE.
Cabinets d'expertise comptable : stabilité et maturité du marché
L'étude Interfimo publiée en décembre 2024, basée sur 240 transactions de cabinets d'expertise comptable financées en 2022 et 2023, révèle un marché mature et relativement stable. Les prix de cession se situent en moyenne à 87 % du chiffre d'affaires et à 2,8 fois l'Excédent Brut d'Exploitation (EBE) reconstitué.
Ce marché se caractérise par une forte concentration en cours : les petits cabinets sont rachetés par des structures plus importantes qui cherchent à croître par acquisition. Pour un cédant, cela peut représenter une opportunité de trouver un repreneur professionnel et financièrement solide. Pour un acquéreur individuel, cela signifie une concurrence accrue face aux groupements et aux plateformes de cabinets.
Les méthodes de valorisation à connaître
La méthode du pourcentage du chiffre d'affaires
C'est la méthode la plus répandue et la plus simple pour une première estimation. Elle consiste à appliquer un pourcentage aux recettes annuelles du cabinet, calculé sur les un à trois derniers exercices. Ce pourcentage varie selon la profession, la localisation, la fidélité de la clientèle et la tendance d'évolution du chiffre d'affaires.
La méthode des multiples d'EBE
Plus précise, elle valorise le cabinet à partir de sa capacité bénéficiaire réelle. On reconstitue un EBE "normatif" en réintégrant la rémunération du professionnel libéral dans les charges puis on applique un multiple, généralement compris entre 1,5 et 3,5 selon la profession. Cette méthode est particulièrement pertinente pour les cabinets ayant une structure de coûts importante (locaux, personnel salarié, équipements).
Les facteurs qui font varier le prix
Au-delà des formules de calcul, plusieurs éléments influencent significativement le prix de cession réel. La localisation géographique est déterminante : un cabinet dans une zone tendue (désert médical, ville en croissance) sera valorisé au-dessus des moyennes statistiques. La fidélité de la clientèle, mesurée par le taux de renouvellement annuel, est aussi un critère clé. Enfin, la qualité du dossier de présentation comptes certifiés, fichier clients structuré, contrats de travail en ordre facilite la transaction et sécurise le financement.
Pour aller plus loin sur les méthodes de valorisation applicables à votre situation, consultez notre guide sur l'évaluation d'une entreprise et ses différentes méthodes.




